Des interactions à caractère conflictuel

“Les débats : un genre confrontationnel”

Une interaction peut être qualifiée de débat à partir du moment où elle se présente comme la confrontation publique de points de vue au moins partiellement divergents sur l’objet (ou les objets) de discours, accompagnée du désir manifesté par chaque débatteur de l’emporter sur l’adversaire.

[Dans “débattre”, il y a “battre”, les termes de “duel” ou de “joute”, utilisés parfois comme équivalents métaphoriques de “débat”].

 

Dans le cas des interactions qui nous concernent (c’est-à-dire, qui concerne les citoyens), leur caractère intrinsèquement confrontationnel saute aux yeux.

Il se manifeste par exemple dans le vocabulaire utilisé par les participants eux-mêmes, pour catégoriser les candidats, même si cette catégorisation peut se faire en des termes diversement nuancés (Partenaire (utilisé par Royal), aucun sentiment personnel d’hostilité (utilisé par Sarkozy)…).

Dans un tel contexte, le terme de “partenaire” utilisé ici par Royal fait figure d’euphémisme.

Il en est de même de certains des termes utilisés pour qualifier l’événement communicatif dans lequel les locuteurs se trouvent engagés.

Si celui de “débat” est le plus fréquent (c’est même le seul qu’utilisent les animateurs), il arrive aux candidats de parler de “discussion”, et même “d’entretien” ou de “conversation”, ces euphémismes étant dus essentiellement à Mitterrand François (homme d’État français).

Ainsi, ces interactions seraient-elles globalement “des conversations” sur lesquelles viendrait parfois s’insérer de façon “inattendue” (et regrettable : ce ne peut être le fait que de l’adversaire), un module plus agonal relevant du genre “discussion”…

Ce dont on peut conclure que les indications métadiscursives que fournissent les participants sur l’événement qu’ils sont en train de vivre peuvent être utiles à l’analyste, sans être pour autant toujours à prendre pour argent comptant.

 

En effet, il n’est pas douteux que le caractère confrontationnel propre à tout débat se trouve dans le cas des duels électoraux fortement accentué par la nature de l’enjeu : il s’agit non seulement, d’imposer ses vues, mais d’éliminer l’adversaire ; d’en triompher dans le débat, en attendant de le vaincre dans les urnes.

Dans ce contexte plus que dans tout autre, “l’unisson est qualité du tout ennuyeuse en la conférence” (Montaigne, à propos de “l’art de bien conférer”), comme l’illustre le cas du débat Chirac / Jospin de 1995, qui fut unanimement jugé décevant (et même traité de “non-débat”), faute d’avoir été suffisamment virulent.

  Les débats de l’entre-deux-tours : une compétition impitoyable

Quelle est la visée de ces confrontations ? “Les animateurs comme les débatteurs le répètent à l’envi : elles ont avant tout une fonction de clarification”, Audrey Crespo-Mara, la présentatrice de LCI.

Mais clarifier sur quoi ? Et pour quoi faire ? “Sur les divergences entre les programmes et les propositions des deux candidats, afin de permettre aux électeurs de se déterminer en toute connaissance de cause (telle est l’utilité première de ces débats).

Le but étant de départager les candidats, donc de mettre en lumière ce qui les oppose, une fois que la divergence est clairement mise en évidence, on peut passer à autre chose (dans ce contexte, l’énoncé “on a compris vos divergences” signifie en fait, dans la bouche d’un animateur, “changeons de sujet”), ajoute la présentatrice phare de la télévision française “Audrey Crespo-Mara”.